Les comportements erratiques de l’investisseur décortiqués

Bâtissez-vous un portefeuille gagnant pour moins de 4 euros par mois

Voici un article de Pierre-Luc Trudel du site conseiller.ca que j’ai bien apprécié.                                                   

À première vue, le monde de l’investissement semble répondre à une logique des plus cartésiennes. Mais c’est oublier bien vite que derrière les chiffres se cachent des êtres humains qui, envahis par les émotions, prennent souvent des décisions qui n’ont rien de rationnel. Pierre-Luc Trudel a rencontré Richard Guay, professeur au Département de finance de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM et spécialiste de la finance comportementale.

Avantages : Les investisseurs pèchent-ils souvent pas excès de confiance ?
Richard Guay : Il y a un certain consensus parmi les spécialistes de la finance comportementale comme quoi la confiance excessive est le biais le plus problématique chez les investisseurs. Les personnes qui ont trop confiance en elles vont souvent vouloir battre le marché à tout prix en prenant des risques inconsidérés. Elles sont trop confiantes de leur habileté à prévoir le futur et peuvent maintenir des portefeuilles qui sont mal diversifiés. C’est une caractéristique très humaine. Certaines études ont démontré que les portefeuilles des femmes, particulièrement celles n’ayant pas beaucoup de connaissances en finance, enregistraient moins de pertes parce qu’elles avaient moins confiance en leurs compétences financières et étaient donc plus prudentes. Au contraire, les plus grosses pertes sont souvent dans les portefeuilles des hommes ayant un profil assez fonceur.

Ce biais de confiance excessive est-il lié à un biais d’optimisme excessif ?
Oui, le biais d’optimisme est très important. On l’observe d’ailleurs très bien dans la croissance des bénéfices des entreprises, qui est généralement plus basse que ce que les analystes prévoient. Mais en général, même les gens plus pessimistes ont tendance à avoir trop confiance en leurs prévisions. Bien souvent, la réalité les rattrape et les surprend.

Les gens vont souvent attribuer la bonne performance de leur portefeuille à leurs compétences en placements, alors qu’ils vont blâmer les marchés et la malchance quand ils font face à des pertes. Les investisseurs vivent-ils dans le déni ?
Lorsqu’une décision n’a pas été bonne, les gens se sentent coupables et responsables. Cette réalité peut s’expliquer par les phénomènes d’intolérance aux pertes et aux regrets. L’être humain trouve toujours des explications pour essayer de se sentir mieux suite à une mauvaise décision. Par exemple, quand un investisseur perd 50 000 $, au lieu d’avouer qu’il a fait un mauvais choix de placement, il va avoir le réflexe de se dire qu’il a été malchanceux. Ça contribue à rendre la perte moins douloureuse. Dans le même ordre d’idée, une personne va se sentir moins mal si elle se fait voler 1 000 $ dans la rue que si elle perd 1 000 $ en Bourse. Dans le cas du vol, elle va se dire que c’est la fatalité, que ce n’est pas de sa faute. Dans le cas de la Bourse, c’est sa décision qui lui a fait perdre de l’argent. La perte financière est pourtant la même, mais les regrets sont beaucoup plus grands.

Les investisseurs ont donc beaucoup de difficulté à accepter le fait d’accuser des pertes ?
Quand on vend un titre à perte, on est psychologiquement forcé d’abandonner l’espoir de récupérer notre argent un jour. Garder cet espoir-là nous donne un peu de satisfaction. Certaines personnes vont même être incapables de vendre un titre à perte, même si rationnellement elles savent qu’il n’y a peut-être plus rien à faire et qu’elles feraient mieux de vendre avant que le titre ne baisse encore plus. En ne vendant pas, les gens ne reconnaissent pas leur perte. C’est comme un investisseur qui affirme n’avoir jamais perdu d’argent sur aucun titre dans lequel il a investi pour la simple et bonne raison qu’il n’a jamais vendu un titre qui avait baissé ! C’est l’exemple parfait du biais comportemental de l’incapacité à réaliser ses pertes.

Est-ce qu’on observe le même comportement lorsqu’un titre performe particulièrement bien ?
Pas vraiment, c’est plutôt l’inverse qui se produit. L’erreur que font généralement les gens dans cette situation-là est de réaliser leur gain trop rapidement. Ils vont vendre leur titre prématurément parce qu’ils sont à la recherche d’un plaisir immédiat. Ils ressentent ainsi une satisfaction supplémentaire d’avoir officialisé leur gain, mais se privent potentiellement d’une croissance encore plus importante de leur placement.

Les gens ont donc de la difficulté à prendre des décisions qui vont avoir un effet à long terme ?
L’être humain est fondamentalement à la recherche de plaisir immédiat et instantané. C’est le plaisir à court terme qui cause le sentiment de bien-être le plus puissant. Si je dis à quelqu’un qu’il vient de faire 2 000 $ cette semaine avec un titre dont la valeur a grimpé, son sentiment de plaisir va être beaucoup plus fort que si je lui dis que sa planification financière va lui permettre de jouir d’un excellent niveau de vie à la retraite. Pour les gens, la retraite est tellement loin, floue et abstraite que ça ne leur procurera pas un grand sentiment de bien-être. Cela dit, ils vont probablement regretter à 65 ans de ne pas avoir épargné suffisamment. En ce sens, le Régime des rentes du Québec oblige en quelque sorte les gens à mettre de l’argent de côté contre leur gré.

C’est dans cette optique qu’a été créé le Régime volontaire d’épargne-retraite (RVER) ?
Tout à fait. En soit, le RVER ne présente pas vraiment d’avantages supplémentaires face au Régime enregistré d’épargne-retraite (REER). En gros, la seule chose qui le distingue, c’est que l’adhésion y est automatique. En général, en Amérique du Nord, c’est politiquement difficile d’obliger les citoyens à épargner, surtout quand l’économie ne va pas trop bien. Avec le RVER, certains employés se trouvent donc à épargner alors qu’ils ne le feraient pas avec un REER. Par «  négligence  », ils ne s’occupent pas de leurs affaires ou évitent de prendre des décisions, soit celle de se retirer du régime dans le cas du RVER. C’est purement comportemental.

Est-ce que ces biais comportementaux s’appliquent aussi aux professionnels de la finance ?
Certainement à un degré moindre, mais oui. Ce que l’on observe, c’est que lorsque les marchés sont relativement stables, les professionnels vont en moyenne prendre de meilleures décisions que les non professionnels. Par contre, lorsque des situations extrêmes surviennent, comme une crise, ce sont souvent les professionnels de l’investissement qui vont faire les plus grosses erreurs. Ils sont convaincus de savoir comment les choses fonctionnent et vont prendre de grands risques, en essayant de tirer profit d’une baisse marquée des marchés par exemple. Un investisseur qui s’y connaît moins va à accepter le fait que ses connaissances soient limitées et, en conséquence, va prendre moins de risques.

Vous soutenez que certains biais comportementaux poussent souvent les régimes de retraite à préférer la gestion active à la gestion indicielle. Pourquoi ?
C’est encore une question du biais d’optimisme. Même si les statistiques démontrent qu’à peine trois gestionnaires de portefeuille sur dix vont faire mieux que l’indice de référence une fois les frais de gestion payés, les comités de retraite sont convaincus qu’ils ont le talent pour trouver un gestionnaire capable de battre le marché. Or, on sait très bien que c’est beaucoup plus difficile que ça de sélectionner un bon gestionnaire. Il y a aussi le fait qu’en faisant affaire avec un gestionnaire actif, le promoteur a quelqu’un avec qui partager la responsabilité et le regret d’avoir perdu de l’argent. Et si en plus le gestionnaire provient d’une grande firme reconnue, il y a fort à parier que le comité de retraite n’en tiendra pas rigueur au promoteur. C’est comme une police d’assurance.

Les gens ressentent-il moins de regrets lorsqu’ils sont nombreux à avoir perdu de l’argent suite aux mêmes décisions ?
Tout à fait. Le meilleur exemple au Canada c’est Nortel. Personne n’a vraiment perdu son emploi pour avoir acheté des actions de Nortel pour la simple et bonne raison que tout le monde en avait dans son portefeuille. Aujourd’hui, on pourrait faire une analogie avec Apple et BlackBerry. Ce serait à priori assez facile pour un gestionnaire de portefeuille de se défendre d’avoir acheté des actions d’Apple même si elles perdaient 20 % en 2016 parce qu’il s’agit d’un titre populaire. Par contre, il aurait beaucoup plus de mal à défendre sa décision d’avoir acheté des actions de BlackBerry si elles aussi perdaient 20 %. Quand on perd de l’argent avec des compagnies comme Apple, c’est comme si Dieu avait frappé, c’est une fatalité, il n’y a rien à faire !

Peut-on lutter contre tous ces biais comportementaux ?
Certains biais, comme ceux concernant la réalisation des pertes ou la vente trop rapide de titres, peuvent être fortement atténués par l’éducation et la littératie financière. Par exemple, une même décision peut sembler très bonne ou très mauvaise selon la façon dont elle est présentée et les aspects sur lesquels l’accent est mis. En amenant les gens à regarder les différents angles et à rationaliser, c’est quelque chose qu’on peut corriger facilement. Par contre, les biais qui impliquent les notions de plaisir immédiat ou de regret sont beaucoup plus difficiles à contrôler. C’est comme lorsqu’un médecin demande à un patient qui adore les frites de ne plus en manger parce que son taux de cholestérol est trop haut. Les gens sont souvent conscients que leur décision n’est pas nécessairement la bonne, mais ils ont beaucoup de difficulté à se passer du plaisir qu’elle engendre.

Quelles questions peut-on se poser pour ne pas se laisser submerger par ses émotions lorsque l’on doit prendre des décisions d’investissement ?
Beaucoup d’investisseurs prennent souvent connaissance des recherches en finance comportementale comme s’ils regardaient à travers une fenêtre. Ils croient que ça ne concerne que les autres. Or, ils devraient davantage voir ces conclusions comme un miroir et se demander s’il est possible qu’ils soient eux-mêmes victimes de certaines de ces erreurs.

Par Pierre-Luc Trudel pour le site conseiller.ca

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