Comment déjouer les pièges de l’investissement value avec l’analyse fondamentale

Sovanna

Cet article vous est proposé par Sovanna SEK qui est l’auteur du blog investir-en-actions.com

Souvent mal compris par la communauté financière, l’investissement value est une stratégie gagnante à adopter sur le long terme en Bourse à condition d’être discipliné et respecter certains critères qualitatifs et quantitatifs dans le choix de vos valeurs.

Tout d’abord, une définition de l’investissement value s’impose naturellement pour comprendre son principe. Par la suite, une liste des critères qualitatifs et quantitatifs que l’investisseur lambda devra analyser à la lettre pour éviter d’avoir dans son portefeuille, un canard boiteux.

La définition de l’investissement value

L’investissement value consiste à faire du stock picking (sélection de valeurs) en privilégiant des valeurs décotées ayant de solides fondamentaux en plus d’une bonne structure financière.

Quand on parle de décote d’actif, ayez à l’esprit qu’il existe plusieurs benchmarks tels que :

 

  • Valeur d’actif net (Book value) = (Capitaux propres – Actions préférentielles) / Nb d’actions en circulation
  • Valeur tangible = (Capitaux propres – Actions préférentielles – Actifs incorporels) / Nb d’actions en circulation
  • Valeur intrinsèque, soit par la croissance moyenne des BPA (Bénéfice net par action) sur une période entre 5 et 10 ans ou l’estimation future du free cash flow.

Afin de se prémunir des risques de marché, il serait intelligent d’élaborer une marge de sécurité de 20 à 30 % par rapport à ses benchmarks.

4 critères qualitatifs pour sélectionner une valeur value

Pour faciliter votre tâche, faites une check list des secteurs d’activité qui sont proches de votre cercle de compétences afin d’avoir un choix plus précis de valeurs. A titre personnel, je préfère rester à l’écart des biotechs, des banques, et d’une manière globale des secteurs d’activité trop tributaires des décisions politiques.

Voici les 4 critères qualitatifs de l’investissement value :

 

  • Connaître la position concurrentielle de l’entreprise. Il est préférable que l’entreprise soit leader dans son secteur de prédilection avec un avantage compétitif durable qui le rend authentique dont les clients ne puissent pas s’en passer. Dans le cas où l’entreprise se positionne sur le milieu de gamme, elle risque de ne pas être compétitive du fait que leurs produits n’apportent pas de réelle valeur ajoutée par rapport à la concurrence. De plus, la clientèle de masse qui est sa cible potentielle, est très aléatoire en termes de comportement de consommation.

 

  • Qui sont ses clients ? Pour qu’une entreprise prospère, il faut avoir des clients. Plus elle en a, mieux c’est. Si la question ne pose pas pour des entreprises comme Coca Cola ou Danone, vous devez le faire pour le secteur industriel. Par exemple pour les parapétrolières, leur business dépend fortement des investissements des producteurs pétroliers comme Total, Exxon, Chevron, etc.

 

  • La qualité du management. Le meilleur indicateur est de savoir si les personnes qui composent le management, possèdent un historique significatif dans l’entreprise et une solide expérience dans le secteur d’activité en question. Si vous voulez avoir un meilleur jugement, n’hésitez pas à chercher dans les rubriques faits divers afin de savoir si elles ont eu à faire à la justice.

 

  • Risques / Opportunités. Les premiers permettent de déterminer les freins à court terme à la croissance bénéficiaire de l’entreprise. Les secondes indiqueront ses possibles relais de croissance. En effet, lorsque vous investissez sur une action d’une entreprise cotée en Bourse, il ne faut pas se baser sur le passé mais plutôt sur le futur.

6 critères quantitatifs pour sélectionner une valeur value

Cela se résume par l’analyse financière des documents comptables tels que le compte de résultat, le bilan actifs-passifs et le tableau de flux de trésorerie. Etant donné que la liste des ratios financiers est exhaustive, j’en ai choisi 6 pouvant être considérés comme des critères quantitatifs de l’investissement value :

 

  • La tendance de long terme des bénéfices par action sur 10 ans ou plus. Si la pente est régulièrement ascendante, cela prouve que l’entreprise est capable de faire face aux soubresauts du cycle économique.

 

  • Le retour sur capitaux propres moyen sur une période entre 5 et 10 ans supérieur à une fourchette de l’ordre de 12-15 %. Néanmoins, il faudra voir si ce ratio de rentabilité n’est pas généré artificiellement par de la dette et le comparer entre des entreprises du même secteur d’activité. Si vous souhaitez être plus précis, vous pouvez le combiner avec le ROCE (Retour sur capitaux investis) qui valorise exclusivement la partie opérationnelle de l’entreprise sans prendre en compte des leviers de financement.

 

  • La dette nette / EBITDA*. Pour mesurer l’endettement d’une entreprise, nous avons la fâcheuse tendance à regarder le gearing (dettes nettes / capitaux propres) qui ne permet pas de juger sur sa capacité à rembourser sa dette lors des prochaines échéances. Pour y remédier, le ratio dette nette / EBITDA est la réponse parfaite à cette question. Mathématiquement, un ratio en dessous de 2 est considéré comme bon et catastrophique s’il excède 5. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter l’article de Patrick Van Beesen.

 

  • La couverture des intérêts = Résultat d’exploitation / Dépenses d’intérêt. Ce ratio permet de mesurer la capacité de l’entreprise à rembourser les dépenses d’intérêt sur sa dette. Si ce ratio est inférieur à 2, cela signifie que l’entreprise est étranglée par le niveau élevé de sa dette.

 

  • Le current ratio = Actif courants / Passifs courants. Il permet d’évaluer la capacité de l’entreprise à rembourser ses échéances financières de court terme à partir des actifs courants. S’il est inférieur à 1, la situation financière de l’entreprise devient critique même s’il faut analyser de plus près l’ensemble de la dette.

 

  • Le payout ratio = Dividende / Bénéfice net. Si par malheur, il excède plus de 60-65 % de manière récurrente, vous pouvez déduire que le management peine à trouver des relais de croissance pour la pérennité de l’entreprise et risque de le payer cher dans un monde où les choses évoluent de manière exponentielle.

 

En espérant que ses critères vous aideront à mieux choisir vos valeurs, l’investissement value permet à l’investisseur lambda de revenir calmement aux bases fondamentales de la Bourse. Ce qui m’étonne le plus, c’est que la communauté financière de masse donne une approche confuse pour faire plus compliquer.

Par ailleurs, ce style d’investissement est le secret de la réussite des légendes financières comme Warren Buffett, Benjamin Graham, Peter Lynch ou Philip Fisher.

*EBITDA : Résultat d’exploitation déduite des taxes, intérêts, amortissements et dépréciations

Par Sovanna SEK

Un commentaire
  1. 30 décembre 2015

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